Prix Sony Labou Tansi des Lycéens

Mise en scène et cinéma

Mise en scène et cinéma

Mise en scène et cinéma

Quelles sont les difficultés à mettre en scène du théâtre ?

Paul Desvaux, scénographe, metteur en scène et directeur de la Compagnie l’héliotrope, Limoges, octobre 2007

Paul Desvaux livre sa conception cinématographique de son travail de metteur en scène, précise les points communs entre les deux arts, cite plusieurs termes spécifiques convenant autant au théâtre qu’au cinéma.

Quelles sont les difficultés à mettre en scène du théâtre ?

C’est vrai que c’est très étonnant parce qu’au cinéma on ne pose jamais la question, alors que finalement, c’est assez proche.

Il se trouve qu’en plus, la mise en scène est un travail fascinant, puisqu’on a énormément de liberté, en tout cas dans le cadre du théâtre public, dans lequel je travaille, moi, c’est-à-dire sur le choix du texte, à part lorsque j’ai des commandes, sinon c’est moi qui choisis les productions que je veux faire.

Je participe au travail de production comme un réalisateur le fait et puis, après, je travaille au travail dramaturgique, c’est-à-dire comment est construite la pièce, comment elle se fait, comment elle se découpe, et puis après, moi, par exemple, j’ai travaillé sur la scénographie, j’aime travailler sur les lumières comme on le fait avec un chef opérateur sur le cinéma ; c’est très très proche, d’ailleurs j’ai fait un court métrage, il n’y a pas très longtemps, parce que je voulais passer aussi par le cinéma, on a ce même rapport, et puis après, il faut travailler avec les acteurs, pendant un long temps -2 mois, 3 mois- et en fait, c’est cette écriture globale que nous mettons en place, mais comme au cinéma, quand on choisit un cadre, quand on choisit de faire dire une phrase à un acteur, comment on le place dans le cadre, comment on l’éclaire, comment on construit le film, c’est un montage, d’ailleurs, moi, j’utilise dans la mise en scène beaucoup de termes cinématographique pour parler de fondu enchaîné, de « cut », presque de champ-contrechamp et de focus parce qu’on peut réaliser ce côté-là finalement la même sensation de lumière que un gros plan et un plan large et ça recouvre tout ça.

Comme le réalisateur, on est finalement une sorte de fédérateur de l’ensemble de l’équipe.

Le texte nous fournit presque, je dirais, un bloc de marbre brut, et il faut arriver à le sculpter à partir de ça, avec des acteurs qui seraient une matière, avec la scénographie, mais la matière principale étant véritablement les acteurs et au-delà de tout, sans acteurs, il n’y a pas de théâtre, donc je dirais notre première matière, elle est un peu différente finalement de ce bloc du sculpteur, c’est du vivant, c’est de l’ordre de l’interaction entre le metteur en scène et finalement l’acteur.

Mais effectivement c’est ce même rapport à la matière, c’est-à-dire qu’on se retrouve avec un bloc brut et il va falloir le sculpter.