Le loup des steppes

Au premier abord, Harry Haller impressionne désagréablement le neveu de sa nouvelle logeuse, peut-être par le regard mi-satisfait mi-moqueur dont il examine les êtres, comme si le confort bourgeois de la maison lui semblait à la fois étranger, plaisant et dérisoire.

Si Haller considère tout avec l’ironie d’un habitant de Sirius ou d’ailleurs, c’est qu’il appartient effectivement à un autre monde, celui de l’intellectualité pure. A force de renier ce qui constitue le bonheur quotidien des hommes, il se sent devenu un « loup des steppes » inapte à frayer avec ses semblables, de plus en plus solitaire et voué à l’isolement. Il n’entrevoit qu’une solution : se tuer, mais la peur de la mort l’empêche soudain de rentrer chez lui mettre son dessein à exécution. Il erre dans la ville. A l’Aigle noir, il rencontre Hermine, son homologue féminin qui a choisi la pratique de ces plaisirs que lui-même a fuis. Elle le contraint à en faire l’apprentissage : c’est une véritable initiation à la vie, une quête troublante pour découvrir le difficile équilibre entre le corps et l’esprit sans lequel l’homme ne peut atteindre sa plénitude.

 

Théâtre

Dates : Mardi 27 février 2018

Lieu : Espace Fayolle

Horaire : 20h30

Durée : Inconnue pour le moment

Jauge : 80

 

Le Loup des Steppes a été publié en 1927, on peut donc considérer Hermann Hesse comme un visionnaire par rapport à la montée de l’extrême droite en Allemagne :

HARRY : Réfléchir une heure ; rentrer en soi-même pendant un moment et se demander quelle part on prend personnellement au règne du désordre et de la méchanceté dans le monde, quel est le poids de notre responsabilité; cela, vois-tu, personne n’en a envie! Voilà pourquoi tout continuera comme avant ; voilà pourquoi, jour après jour, des milliers et des milliers d’hommes préparent avec zèle la prochaine guerre.

Mais la pensée à l’œuvre dans Le Loup des steppes correspond aussi aux questionnements propres à d’autres époques. Dans les années 70, par exemple, l’œuvre est devenue « culte » car elle coïncidait avec le besoin de remettre en cause un modèle de société asphyxiant pour la jeune génération. Inspirant Jim Morrison, la phrase de William Blake Si les portes de la perception étaient nettoyées, toutes les choses apparaîtraient à l’homme telles qu’elles sont, infinies illustre bien la pensée développée dans Le Loup des Steppes, exprimant une autre manière de percevoir le monde.

Aujourd’hui, en 2017, où en sommes- nous ? Sommes-nous plus enclin à rentrer en nous-même pour peser le poids de nos responsabilités qu’en 1927? Revenus d’un modèle ultra libéral dont nous réalisons aujourd’hui les barbaries, pour nous, les questions spirituelles se multiplient, à la recherche d’un sens, d’un nouveau niveau de conscience. Pour adapter cette œuvre, nous avons donc choisi d’en faire une lecture spirituelle, induisant une lecture philosophique et politique liée à notre actualité, et de suivre le fil d’une pensée déjà présente dans d’autres œuvres d’Hermann Hesse : derrière les illusions, les masques et les leurres créés par l’ego et le mental de Harry, il y a l’Ici et maintenant et le rire qui l’accompagne; derrière ce à quoi on s’identifie, que ce soit une opinion ou une voiture, un discours ou un fusil, il y a l’être là, le présent, sacré et puissant, capable de pulvériser toutes les plaies créés par l’ego.

En nous servant du théâtre et du rire comme des leviers, créant un univers à la fois burlesque et inquiétant, c’est l’expérience de cet éveil que nous voulons partager avec les spectateurs.

 

 Cie Tro Didro (Bretagne)

Adaptation et mise en scène : Stefano Amori, Nigel Hollidge et Armel Petitpas

Distribution : Stefano Amori, Nigel Hollidge et Armel Petitpas

Scénographie: Amori et fils

Direction d’acteur, collaboration artistique : Vincent Viotti

Regard Magie : Erwan Morin

Création sonore : Emmanuel Six Création

Lumière : Stéphane Leucart

 

Informations complémentaires

  • Rencontre avec l’équipe artistique après la représentation
  • Un dossier d’accompagnement au spectacle, élaboré par la Fabrique, est systématiquement remis aux professeurs un mois avant la représentation